Hommage à Raymond Secula

Joueur emblématique de l’AS Beaune,

Raymond Secula est né le 22 avril 1940 à Beaune. Tout petit, il s’amusait à jongler dans sa rue avec des boîtes de conserves. Enfant du pays, il rejoint naturellement l’AS Beaune à l’âge de 14 ans. Très vite, son talent s’impose : il est surclassé dans la catégorie supérieure malgré une présence limitée aux entraînements, contraint de travailler très jeune aux côtés de ses parents.

En 1956, à l’âge de 16 ans, Raymond connaît son premier grand succès avec les juniors en devenant champion de Bourgogne, devançant notamment Gueugnon et Blanzy. Peu après, il part effectuer son service militaire à Épinal, où il joue pour le 18ᵉ régiment d’instruction des transmissions. Ses performances attirent l’attention, au point que le club local tente de le recruter.

À seulement 20 ans, déjà père de deux filles, il n’est pas appelé pour partir à la guerre et choisit de poursuivre son parcours footballistique avec l’AS Beaune.

La saison 1959-1960 débute par un match amical face au FC Lausanne afin de préparer le championnat.

Blessé (foulure), Raymond manque le premier match officiel. Cette année-là, l’adversaire principal se nomme le Cercle Sportif Laïque de Dijon (aujourd’hui DFCO).

Match aller le 22/11/1959 à Dijon devant 1200 spectateurs. La rencontre tourne à l’avantage des Beaunois, surnommés « les vignerons » : victoire 3-0, avec un doublé de Raymond Secula, inscrit de la tête, sa spécialité incontestée.

Le match retour le 28/02/1960 s’annonce tendu et fait parler toute la ville de Beaune. Pour l’occasion, le directeur sportif Louis Roblin obtient une dérogation exceptionnelle de l’armée et se rend lui-même à Épinal pour ramener Raymond. L’équipe est au complet :

Daniel Richer, Nérino Bernard, Alain et Jacques Adam, René Mariaux, Gaston Fèvre, Jacques Cordier, Serge Edy, Raymond Secula, Michel Naudin et André Saunois

La grande force de cette formation réside dans sa camaraderie : onze copains, tous formés au club, prêts à tous les sacrifices pour l’AS Beaune. L’objectif est jouable : la montée en CFA.

Très superstitieux, Raymond pense que les photos d’avant-match ne portent pas chance. À l’échauffement, les Dijonnais l’observent attentivement, allant jusqu’à dire qu’il vaut à lui seul deux joueurs dijonnais.

Le journal Le Bien Public le présente alors comme l’homme à surveiller :

Raymond Secula, inter gauche, 20 ans, 1m72, 75 kg, récupérateur général de ferrailles.

La confiance est totale côté beaunois. L’entraîneur René Marriaux, accompagné d’un vigneron, affirme avec humour :

« Raymond a bu du bon vin de la côte, il coule désormais dans ses veines. »

De son côté, M. Berthaud, secrétaire général du club, ajoute :

« Raymond achète des matériaux et les revend en effectuant des chargements, ça lui donne de la force, il est musclé, il va marquer c’est sûr! »

Et il ne se trompe pas.

Le match au stade des mariages devant 1900 spectateurs est extrêmement serré. 89ème minute, Nérino Bernard récupère le ballon et lance Michel Naudin, ailier gauche, qui centre parfaitement. Raymond Secula surgit et marque de la tête, offrant la victoire à l’AS Beaune.

Les joueurs et leur famille célèbrent ce succès historique au champagne, à la Concorde place Carnot.

Après leur victoire 5-0 contre l’AJ Auxerre, avec un triplé de Raymond, l’AS Beaune termine 3ème du championnat derrière Macon et Dijon. Et c’est surtout la seule équipe à avoir battu les champions dijonnais cette saison.

Raymond renouvellera sa dernière licence en 1967, saison pendant laquelle il jouera contre l’AJ Auxerre deja entraîné par un certain Guy Roux (29 ans). Malgré deux propositions prestigieuses, émanant des clubs de Sochaux et Monaco, il choisit de refuser et d’arrêter le football, préférant se consacrer pleinement à sa famille, sa femme Jeanne Françoise et ses 3 enfants, Eliane, Sylvie et Éric ainsi qu’à son travail de brocanteur.

Dans les années 60, les dirigeants détenaient les joueurs à vie, et les transferts étaient exclusivement gérés par les clubs. De plus, les salaires étaient relativement bas, autour de 400 francs (environ 1600€ aujourd’hui), alors que le SMIG s’élevait à 350 francs.

Raymond Secula restera à jamais une figure marquante de l’AS Beaune, symbole de fidélité, de courage et d’amour du maillot.

Repose en paix Raymond.

Toutes nos pensées à sa famille